Comment retrouver le parcours d’un soldat?

Tuto 1: Les fiches matricules

Si vous lisez ces lignes, c’est que vous avez envie d’en savoir un peu plus le parcours d’un membre de votre famille pendant la Grande Guerre. Avant de commencer, n’oubliez pas de faire une liste sur une petite fiche. Notez avec beaucoup d’attention les informations dont vous disposez déjà : une date, une photo, un lieu ou même simplement l’histoire racontée chaque année par mamie au moment de la bûche de Noël, c’est peut-être même l’occasion de faire le tour de votre famille pour noter les anecdotes des personnes âgées tant qu’elles peuvent encore vous les raconter. Quand vous entreprenez des recherches sur une personne, il faut bien garder à l’esprit que chaque détail est important, même celui qui peut vous paraître insignifiant. C’est comme les enquêtes dans les séries télévisées américaines : après un crime sordide dans une ruelle sombre, chaque indice doit être pris en compte par les Experts.

La première étape dans la recherche du parcours d’un soldat, qu’il soit un vétéran de la Première Grande Guerre ou non, est la fiche matricule. Elle constitue en quelque sorte un « résumé » du parcours militaire d’un individu, c’est un document qui va vous permettre d’aller à l’essentiel avant d’aller fouiner dans d’autres registres.

Les registres matricules ont été mis en place par la loi du 27 juillet 1872 (articles 33, 34 et 35). Le conscrit était désigné par un tirage au sort et pouvait facilement se faire remplacer en engageant quelqu’un pour le remplacer pendant toute la durée du service militaire. Il faut attendre la Loi Berteaux du 21 mars 1905, pour que, pour la première fois, on pose les bases d’un service militaire personnel (pas de remplacement), universel (pas de dispense) et obligatoire (pas de tirage au sort).

Portrait de Maurice BERTEAUX, ministre de la guerre de 1904 à 1905
Portrait de Maurice BERTEAUX
(source : Wikipedia)

La plupart du temps, la fiche matricule est établie pendant la vingtième année d’un homme, on parle alors de classe, en fonction de son domicile, on parle de bureau de recrutement. Par exemple, si l’individu est né en 1880, sa classe est 1900.

→ Attention aux années 1867 à 1872, la loi de 1872 est rétroactive (articles 74 à 77).

Les fiches matricules peuvent, le cas échéant, contenir une foule d’information allant du service militaire, à la liste des domiciles successifs en pensant par des condamnations ou un descriptif physique de la personne, un peu comme dans le jeu « Qui est-ce ? » : moustache, yeux marron, nez crochu, oreilles pointues ? N’avez-vous jamais eu envie de savoir à quoi ressemblait ce cousin éloigné dont vous ne possédez aucune photo ? Si vous avez des talents de dessinateur, vous pouvez même envisager de faire un portrait-robot, un peu comme ce qui a été fait il y a quelques mois avec certains empereurs romains (mais je m’éloigne).

capture d'écran des matricules de Dunkerque pour l'année 1884
Une table alphabétique
(source: Archives Départementales du Nord)

Si c’est votre première fois dans le monde des registres matricules, vous risquez d’être un peu perdu en arrivant sur un site d’archives, car les dénominations des séries numérisées changent en fonction des départements. Globalement, il faut garder en tête qu’il y a 2 registres : un premier qui est une table alphabétique, lequel renvoi à un second, qui est constitué de fiches nominatives.

Chaque jeune homme se voit attribuer un nombre, que l’on appelle « matricule », c’est celui qui va vous aider à trouver sa fiche. Si vous n’avez pas trouvé votre ancêtre dans la classe qui correspond à l’année de ses 20 ans, jetez un coup d’œil à l’année de ses 19 ou 21 ans, on ne sait jamais. Et surtout, j’insiste bien sur le fait qu’il ne faut pas chercher en fonction du lieu de naissance, mais bien sur le domicile du conscrit.

Si on résume, dans l’état actuel de vos recherches, vous avez les éléments suivants :

  • Un bureau, qui dépend du lieu où vivait le jeune homme
  • Une classe, la plupart du temps, elle correspond à l’année de ses 20 ans
  • Un numéro de matricule que vous avez trouvé sur les « tables alphabétiques »

La prochaine étape de votre aventure dans le monde des fiches matricules, c’est les listes nominatives. Comme pour les listes alphabétiques, il faut choisir le registre en fonction de la classe (l’année) que vous avez trouvé tout à l’heure. Les fiches sont tout bêtement classées en fonction du numéro de matricule que vous avez trouvé tout à l’heure, toutefois, certains bureaux ont divisé le registre en plusieurs volumes : volume 1 pour les fiches de 1 à 500, volume 2 pour les fiches de 501 à 1000…etc. Autre astuce quand vous aurez trouvé la fiche qui correspond à votre poilu sur un site d’archives numérisées : pensez à regarder la vue suivante. Dans certains cas, les autorités militaires ont dû ajouter des morceaux de papier à la fiche, car il n’y avait plus de place, dans ce cas, plusieurs vues de la fiche seront disponibles.

exemple de fiche matricule trouvée au Archives départementales de la Marne
Exemple de fiche matricule
(source : Archives départementales de la Marne)

Si vraiment, vous rencontrez des difficultés, je vous invite à faire un petit tour du côté du site national du Grand Mémorial. Celui-ci est alimenté par certains départements et il vous offre la possibilité de faire une recherche sur la commune de naissance ou de résidence des soldats.

Une fois la fiche matricule en main, et parmi la foule d’informations que vous allez trouver, il y a par exemple le degré d’instruction de la personne. Pour Léopold PAQUET, un des soldats pour lequel j’ai fait des petites recherches, la fiche indique un niveau d’instruction de 3, ce qui signifie qu’il possède une instruction primaire. Les degrés d’instructions étaient répartis en 6 catégories qui permettaient d’évaluer le degré d’instruction du jeune qui se présentait devant le conseil de révision.

Les degrés d'instruction pour le recrutement des soldats
Les degrés d'instruction
(d'après Recrutement de l'Armée, BNF/Gallica)

Comme je l’ai dit plus haut, vous allez aussi découvrir une description physique de l’individu. Par exemple, la fiche matricule de Gaston ARNOULD, un conscrit de la Marne, indique qu’il a les cheveux châtains, les yeux bleus, le front vertical, le nez rectiligne, le visage ovale, et mesure 1m74. Ce n'est pas sympa tout ça ? C’est presque comme mettre un visage sur le soldat !

Le signalement de Gaston Alexandre ARNOULD sur un extrait de sa fiche matricule
Un signalement sur une fiche matricule
(source : Archives départementales de la Marne)

Tout va bien jusque-là ? Super !

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